Le parcours continu de la transition : une entrevue avec Arjun Grewal

Category
Identité et raison d'être, transition
Date
January 13, 2025
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Arjun Grewal a servi dans les Forces armées canadiennes (FAC) pendant deux décennies, dont 12 ans au sein du Commandement des Forces d'opérations spéciales du Canada (COMFOSCAN). Son service a été marqué par de nombreuses opérations mondiales et missions de lutte contre le terrorisme, des opérations nationales au Canada, ainsi qu'une collaboration avec des alliés militaires et des services de renseignement internationaux.

Après avoir quitté l'armée, Arjun a occupé plusieurs postes de direction chez IBM au sein des divisions infonuagique et analytique d'affaires. Il a ensuite effectué une nouvelle transition de carrière en devenant PDG de Ventus Respiratory Technologies , mettant une fois de plus à profit ses décennies d'expérience au sein des FAC et ses compétences en analytique d'affaires pour développer des produits de protection individuelle novateurs, comme un respirateur léger pouvant servir d'alternative aux masques à gaz pour les militaires et les premiers répondants.

Mais si vous demandez à Grewal comment s'est déroulée sa transition de la vie militaire à la vie civile, il vous répondra qu'elle est toujours en cours. « Une transition, ça a une destination, et je ne pense pas y être encore arrivé, et ce n'est pas propre à la transition des vétérans », dit-il.

Il s'est entretenu avec True Patriot Love au sujet du transfert de ses compétences des FAC vers IBM et au-delà, de la façon dont les membres des forces armées peuvent se préparer à une carrière après les FAC, et de ce que les employeurs potentiels devraient savoir sur le recrutement des vétérans.

Comment s'est déroulée votre transition de la vie militaire à la vie civile ?

Elle est toujours en cours ! La transition est une expérience personnelle pour chacun. Pour certains, cela signifie acheter une petite ferme et regarder le coucher du soleil tous les jours, et c'est merveilleux. Pour ma part, j'ai sauté vers une autre carrière.

Lorsque vous passez d'une carrière à une autre complètement différente, vous essayez toujours de trouver vos repères le plus rapidement possible. Cela a été une expérience formidable grâce aux personnes que j'ai rencontrées, aux nouvelles compétences que j'ai acquises et aussi à certaines compétences que j'ai apportées de l'armée pour les enseigner à mes collègues. C'est un échange de compétences très enrichissant où j'ai appris des autres tout en étant en mesure de transmettre mon propre savoir.

Quelles compétences avez-vous apportées des FAC à vos collègues ?

La plupart des compétences que j'ai eu la chance de transmettre et d'enseigner concernent la gestion d'équipes et la façon de tirer parti des forces de chacun. Cela m'a ouvert les yeux, compte tenu des différences entre une organisation hiérarchique axée sur la mission, comme l'armée, et une organisation horizontale et non hiérarchique, comme une jeune entreprise où tout le monde doit mettre la main à la pâte. Être capable d'évoluer entre ces deux mondes a été très intéressant.

Parmi les compétences que les vétérans apportent, on trouve le renforcement d'équipe, la communication, l'exécution des procédures opérationnelles normalisées (PON), la capacité de réflexion tactique asymétrique, ainsi que des compétences en planification stratégique. Ce sont toutes des compétences que j'ai beaucoup utilisées ou que j'ai adaptées pour être efficace dans le monde des affaires ou sur le marché civil.

Que signifie « asymétrique » dans ce contexte ?

Le chaos. « Asymétrique » est une façon d'expliquer des situations chaotiques et imprévisibles, comme les opérations de contre-insurrection, lorsque nous n'avons pas une vue d'ensemble, que nous manquons d'informations et que le temps ne joue pas en notre faveur. Ces scénarios, qui surviennent un peu plus souvent lorsque vous portez l'uniforme, ont leurs équivalents dans le monde des affaires. Une situation chaotique reste chaotique.

Avec le recul, quel conseil donneriez-vous à votre « moi » plus jeune concernant votre carrière après l'armée ?

Excellente question, et je préfère réfléchir en termes de conseils plutôt que de regrets ! L'un d'eux serait : « Ralentissez, prenez votre temps ». J'ai servi pendant 19 ans et il y a eu un moment au cours de la 17e et 18e l'année où je me suis dit : « J'ai accompli ce que je voulais accomplir; les Forces ont tiré de moi tout ce qu'elles pouvaient; il est temps de retrouver ma famille et de me concentrer sur une nouvelle carrière. »

J'ai passé la majeure partie de ma carrière au sein du COMFOSCAN, dès mon jeune âge adulte. J'ai déposé ma demande de libération et, 60 jours plus tard, je commençais chez IBM. Je n'ai pas pris le temps de suivre la formation du Réseau d'aide aux militaires en transition (RAMT) offerte par les FAC. Mon plan de transition consistait à me lancer et à devenir compétent dans mon nouveau domaine le plus rapidement possible.

Il faut du temps pour transposer ses compétences, son langage et son approche dans une nouvelle organisation, tout comme il faut du temps pour en apprendre la culture, connaître les gens et comprendre ce qui les motive. J'ai adoré l'expérience. C'était stimulant, mais j'étais nerveux : le « syndrome de l'imposteur » entre en jeu ici. Avec le recul, j'aurais pu prendre plus de temps pour décompresser et mieux me préparer à mon saut chez IBM.

Quel conseil donneriez-vous aujourd'hui à quelqu'un qui se prépare à quitter les FAC?

À mon retour de ma première mission en Afghanistan en 2004, nous avons passé quelque temps dans un lieu de transit avant de rentrer au Canada. Nous avons eu des rencontres et des évaluations avec des psychologues et des pairs; nous avons pris quelques repas ensemble et avons pu évacuer le stress. C'était une période très utile. Il existe un parallèle pour ceux qui prévoient quitter les Forces.

Prenez une pause et organisez-vous avant de faire le prochain saut dans votre carrière. Prenez le temps de parler à vos pairs et de réfléchir à votre parcours. Soyez conscient que cette partie de votre vie est terminée. Vous allez conserver beaucoup d'acquis, mais vous allez aussi en laisser beaucoup derrière. Votre dynamique familiale va également changer. Prenez le temps d'explorer ce qu'ACC offre pour votre transition. Fixez vos rendez-vous. Assurez-vous que toute votre paperasse est en règle.

Je recommanderais de suivre un séminaire du RAMT [Réseau d'aide aux militaires en transition] – qui s'appelle maintenant le Centre de transition numérique. Il y a environ 15 ans, il y avait une certaine stigmatisation à l'idée d'assister à un séminaire du RAMT : on ne voulait pas que son patron nous voie y aller, car cela signifiait qu'on prévoyait de partir. Mais les choses ont changé. C'est un message important que les FAC doivent transmettre : « Nous prendrons soin de vous en tant qu'individu et en tant que cellule familiale, et lorsque vous aurez terminé votre service, nous aurons des outils pour vous aider à réussir votre transition. »

Du point de vue de l'employeur, quels sont les avantages d'embaucher des vétérans?

Beaucoup d'employeurs imaginent qu'un vétéran est nécessairement quelqu'un en uniforme issu des armes de combat. Pourtant, les FAC forment une vaste gamme de spécialistes aux compétences diversifiées : gestionnaires financiers, contrôleurs, psychologues, ingénieurs, et bien d'autres. Il y a des codeurs, des développeurs de logiciels et des analystes du renseignement qui sont, en substance, des scientifiques des données.

Les FAC les ont formés pour être les meilleurs, et ils ont travaillé à l'échelle mondiale avec des partenaires, des pairs et des alliés pour perfectionner ces compétences dans des zones de conflit ou lors d'opérations de secours en cas de catastrophe. La diversité des compétences qu'apporte un vétéran est inégalée pour quelqu'un qui entame une deuxième carrière. Mon conseil aux employeurs est de se défaire de leurs préjugés.

Où un employeur peut-il entrer en contact avec des candidats vétérans?

S'engager auprès d'organisations de vétérans comme Treble Vector, Blackstoneet la Fondation V-42 serait un bon point de départ. Nous nous réunissons sur une plateforme de communication commune où nous publions des offres d'emploi, prenons soin les uns des autres et effectuons des suivis entre pairs.

Que risquent de perdre les entreprises en ne priorisant pas le recrutement et l'embauche de vétérans?

Qu'ils aient 17 ans et se soient enrôlés dans la réserve, ou qu'ils aient 28 ans et sortent de l'université pour poursuivre une deuxième carrière, ce qu'ils ont tous en commun, c'est le sens du service, le goût de l'aventure et le désir de contribuer au bien commun. Vous perdrez ce cœur, cette détermination et cet engagement que vous pourriez intégrer à votre organisation. Mais je vous mets en garde : ne voyez pas l'embauche de vétérans comme une œuvre de charité. Lorsque vous parlez à un vétéran et que vous souhaitez l'embaucher, ce n'est pas « Nous allons vous prendre », c'est « Nous vous voulons ».

Dans les profils professionnels civils, on voit souvent des mentions comme « ancien d'IBM », « ancien de Google » ou « ancien de SpaceX ». Ces expériences sont très valorisées, car elles en disent long sur la personne. Ces individus ont réussi à franchir un processus d'embauche et d'entrevue rigoureux et exigeant, puis ils ont su s'épanouir au sein de leur organisation au point d'y rester pendant des années. L'expérience d'un vétéran devrait être perçue de la même manière.

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